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Les mouvements de contestation en Italie (1968-1980)

Un premier repérage de sources

jeudi 26 février 2015, par Isabelle Zyserman

Dans les années 1960, une des expériences qui fait référence est celle de la revue Quaderni Rossi (1961-1966) [1] , groupe à l’intérieur du PCI, né autour de la personne de Raniero Panzieri avec Vittorio Foa, Mario Tronti et Alberto Asor Rosa. La revue ne publiera que six numéros mais va avoir un poids énorme dans l’histoire de la réflexion théorique de la gauche en Italie. Les Quaderni Rossi sont à l’origine d’un vaste programme d’enquêtes sociologiques militantes dans les usines, dans le but de soutenir la construction d’un contre-pouvoir ouvrier dans les lieux de la production [2] . 

L’opéraïsme

C’est à cette revue que l’on peut faire remonter l’origine du courant qui prendra le nom de "operaismo". En 1964 au sein de Quaderni Rossi, Mario Tronti, Alberto Asor Rosa, Massimo Cacciari, Rita Di Leo et d’autres fondent Classe Operaia (Classe ouvrière). Ce groupe est rejoint par une partie des opéraïstes de Progresso Veneto, Toni Negri, Cacciari et Ferrari Bravo y participent et donneront ensuite naissance à Potere Operaio qui sort au début comme supplément à Classe Operaia sous forme d’une revue-tract. L’expérience de Classe Operaia se termine peu à peu dès 1965, mais le dernier fascicule est de mars 1967. Ce même mois Potere Operaio devient le journal politique des ouvriers de Porto Marghera [3].

L’automne chaud de Turin

En Italie, les années 1968-1969 ont été des années de radicalisation politique pour nombre de militants. L’expression « il maggio strisciante » (le mai rampant) des étudiants et ses liens avec la forte mobilisation ouvrière de « l’autunno caldo » (l’ automne chaud) en 1969 évoque la radicalisation des étudiants et la rencontre avec une partie des ouvriers à la porte des usines, comme celle de Fiat, de mai à décembre 1969. Vers 1969, Lotta Continua, un mouvement révolutionnaire spontanéiste naît à la suite d’une scission (l’autre partie deviendra Potere Operaio (Pouvoir ouvrier), basé au nord-est de l’Italie) au sein du Mouvement ouvriers-étudiants de Turin qui avait déclenché les luttes à l’université et dans les usines de Fiat notamment celles de Mirafiori.

Une lassitude de toujours voir la Démocratie chrétienne (DC) au pouvoir, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale s’installe. Le Parti Communiste italien est fortement critiqué (tout comme le rôle du PC en France pendant ces années-là), comme nous le rappelle l’historien Antonio BenciPeu avant la crise économique, les groupes de la Nuova Sinistra avaient procédé à l’élaboration de nouvelles stratégies politiques. En 1973, des groupes issus de l’opéraïsme s’organisent en mouvement politique l’Autonomie ouvrière [Autonomia Operaia]. Deux grandes tendances dominent ce mouvement, une première se réclamant des « opéraïstes » comprenant notamment les Comités Autonomes Ouvriers dont le collectif de la via dei Volsci à Rome ; une seconde tendance représentée par Antonio "Toni" Negri, organisée au sein des Collectifs Politiques Ouvriers. Puis à partir de 1975, d’autres organisations se forment dont le Comitato Comunista per il Potere Operaio (Comité Communiste pour le Pouvoir Ouvrier) qui représente une tendance insurrectionnaliste de l’Autonomie ouvrière. Selon ces grandes tendances, se construisent des comités ouvriers, d’employés, de fonctionnaires, de chômeurs, de quartier, des collectifs d’étudiants.

Quelques fonds d’archives

Fonds Avanguardia operaia ! (AO) à l’ISFAR. Le mouvement, actif de 1968 à 1978, est un des trois grands mouvements de l’Autonomie, avec Lotta Continua.

Le fonds Lotta Continua.. La plupart des archives sont conservées à la fondation Erri de Lucca, à Rome). Lotta Continua s’est opposé à toute forme d’organisation politique traditionnelle. Le mouvement prônait les conseils ouvriers et les comités de quartier en tant qu’assemblée ouverte, sans délégué, sans secrétaires, mais s’est vu confronté au dépassement organisationnel spontanéiste des premiers temps. Lotta Continua élabore ainsi de nouvelles mesures qui seront progressivement mises en œuvre :
. l’organisation conjointe des luttes urbaines au sein des comités d’usine,
. la création de comités de quartiers,
. la prise en considération de l’ensemble des problèmes d’un quartier, et non plus seulement la seule question relative à l’habitat,
. l’appropriation collective de logements sur des biens privés de sociétés immobilières de grande et moyenne dimension, et non plus seulement des biens publics.

Le fonds Vittorio Foa (ACS)
Journaliste, il rejoint la résistance anti-fasciste - le groupe Justice et liberté (Giustizia e Libertà) en 1933. Plus tard, il rejoint le Partito di Unità Proletaria per il comunismo.

Les lois Reale (Archives de la présidence)
Les lois Reale (1975) instituent un régime d’exception particulièrement liberticide et institue la garde-à-vue pour une durée indéterminée.

Quelques sources audiovisuelles

Pasolini a réalisé un film avec quelques membres de Lotta Continua autour de l’attentat de Piazza Fontana du 12 décembre 1969. 12 dicembre Gino Nocera analyse les dites "années de plomb" à travers l’exemple de quelques films de fiction. [4]

Notes

[1Cavazzini Andrea, « ‪Luttes ouvrières et années de plomb en Italie : de la centralité ouvrière à l’occultation du conflit ‪ », Quaderni 2/ 2014 (n° 84), p. 41-56
URL : www.cairn.info/revue-quaderni-2014-2-page-41.htm.

[2Andrea Cavazzini, Enquête ouvrière et théorie critique, op. cit., et le Séminaire du GRM, 2011-2012 (http://grm.hypotheses.org/275) (en particulier : http://f.hypotheses.org/wp-content/blogs.dir/1106/files/2013/01/GRM_5_annee_Cavazzini_3_ decembre_2011.pdf ).

[3Sommier Isabelle, La violence révolutionnaire, Paris, Presses de Sciences Po (P.F.N.S.P.) « Contester », 2008

[4Gino Nocera, « Mémoire et histoire des années de plomb en Italie à travers le cinéma : l’émotion contre la raison ? », Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique [En ligne], 107 | 2009, mis en ligne le 25 septembre 2009, consulté le 26 février 2015. URL : http://chrhc.revues.org/1356

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